Retour à l'accueil Castor fiber

Le castor d'Europe.

Tout savoir sur le plus grand rongeur d'Europe — son histoire, sa biologie, son rôle dans nos rivières et sa lente recolonisation de la Suisse romande.

Un cousin géant, pas un ancêtre.

Connu sous le nom de Castoroides ohioensis, le castor géant était le plus grand rongeur d'Amérique du Nord au Pléistocène1, et le plus grand castor ayant jamais existé. Il a hanté les zones humides du continent pendant près de deux millions d'années, sur une branche voisine de celle de nos castors, avant de s'éteindre sans descendance.

Sa taille impressionne : jusqu'à deux mètres de long, queue comprise, pour une centaine de kilos — le gabarit d'un gros sanglier. On a longtemps écrit « aussi gros qu'un ours noir » et avancé des poids bien supérieurs ; depuis qu'on estime la masse à partir du fémur plutôt que du crâne, les chiffres se sont resserrés : 60 à 100 kg dans l'étude de référence, jusqu'à 125 kg chez des auteurs plus anciens. Son extinction remonterait à près de 10'000 ans, au sortir de la dernière glaciation, en même temps que le mammouth et la plupart des grands mammifères d'Amérique du Nord.

Il n'est pourtant pas leur ancêtre. Les castoridés se répartissent en plusieurs sous-familles : le castor géant appartient aux Castoroidinae, les castors actuels aux Castorinae. Ce sont deux branches sœurs, nées d'un même castor semi-aquatique du Miocène inférieur, voici une vingtaine de millions d'années. Chacune a ensuite suivi sa route : celle du géant s'achève au Pléistocène sans laisser de descendance, l'autre porte encore les deux espèces qui vivent aujourd'hui.

Bien plus tôt, les ancêtres du castor d'Amérique quittèrent l'Eurasie en traversant la Béringie — non pas un mince isthme, mais une vaste plaine émergée qui reliait la Sibérie à l'Alaska chaque fois que le niveau des mers baissait. Le castor nord-américain se différencia alors du castor européen : les génomes mitochondriaux situent cette séparation il y a environ 7,5 à 8 millions d'années, et les plus anciens castors fossiles d'Amérique du Nord ont bien cet âge.

À l'origine, l'aire de répartition du castor s'étendait sur de vastes parties d'Eurasie et d'Amérique du Nord. Il existe aujourd'hui deux espèces : Castor fiber (castor européen) et Castor canadensis (castor américain). Aucun accouplement entre les deux espèces n'a jamais donné de descendant vivant : leurs caryotypes ne s'accordent pas — 48 chromosomes chez l'européen, 40 chez l'américain — et les tentatives de croisement en captivité ont toutes échoué, alors même que des accouplements ont bien été observés. Le castor américain vit lui aussi à l'état sauvage en Europe : sept individus furent lâchés en Finlande en 1937, à une époque où l'on ne reconnaissait qu'une seule espèce de castor, et leurs descendants occupent aujourd'hui la Finlande et le nord-ouest de la Russie. En ancien français, le castor s'appelait bièvre, du latin tardif beber, lui-même repris d'une forme celtique reconstituée, *bebros : la même racine indo-européenne que l'allemand Biber ou l'anglais beaver, celle du « brun ». Le mot savant castor, venu du latin, a fini par l'emporter, mais le nom est resté sur nos cartes : Bever et son torrent le Beverin en Engadine, Biberist (SO), Biberstein (AG), Bibern (SH), ou la Biber qui donne son nom à Biberbrugg (SZ). La Suisse romande, elle, n'en a pratiquement conservé aucun.

Le Castor fiber n'est qu'une des nombreuses espèces qu'a produites la longue diversification des castoridés, apparus à la fin de l'Éocène, voici quelque 37 millions d'années. Il a colonisé la quasi-totalité de l'Eurasie. De l'autre côté du passage béringien, les effectifs nord-américains ont suivi leur propre route ; la mer a recouvert ce passage une dernière fois il y a environ 11'000 ans, refermant définitivement la porte entre les deux mondes.

Deux crânes posés côte à côte : à gauche celui, petit, d'un castor européen actuel, aux incisives orange ; à droite celui du castor géant Castoroides ohioensis, quatre fois plus volumineux, aux longues incisives striées recourbées.
Castor fiber (gauche) — Castoroides ohioensis, réplique (droite)

Le crâne du castor géant est quatre fois plus volumineux que celui du castor européen actuel. Ses incisives sont longues, striées et recourbées, tandis que celles du castor européen sont plus courtes et orange.

Échelle logarithmique — chaque graduation vaut ×10 · Ma = million d'années

  1. 66 Ma Extinction des dinosaures
  2. 37 Ma Premiers castoridés
  3. 300'000 ans Premiers Homo sapiens
  4. 11'700 ans Fin de la dernière glaciation
  1. 8 Ma Séparation des deux Castor
  2. 1,9 Ma Apparition de Castoroides
  3. 10'000 ans Extinction du castor géant
  4. Début 19e s. Disparition de Suisse
  5. 1956 Réintroduction en Suisse
  1. 23 – 5,3 Ma

    Miocène

    Apparus dès la fin de l'Éocène, les castoridés se diversifient à travers l'Eurasie et l'Amérique du Nord. Au début de l'époque, deux branches sœurs divergent : celle du genre Castor et celle des castors géants. Vers 8 millions d'années, les lignées européenne et américaine du genre Castor se séparent à leur tour.

  2. 5,3 – 2,6 Ma

    Pliocène

    Une époque courte, charnière. Le détroit de Béring vient de s'ouvrir, le climat se refroidit, et Castor californicus peuple déjà l'ouest de l'Amérique du Nord.

  3. 2,6 Ma – 11'700 ans

    Pléistocène

    Les glaciations quaternaires et leur faune de grands mammifères — le mammouth. Castoroides ohioensis y règne : jusqu'à 2 m et une centaine de kilos. Il s'éteint il y a environ 10'000 ans, et sa branche avec lui.

    Castor géant †
  4. 11'700 ans – Aujourd'hui

    Holocène

    Castor fiber est le seul castor indigène d'Europe. Chassé jusqu'à disparaître de Suisse, il y est réintroduit dès 1956.

Récits autochtones

Le castor géant n'a pas laissé que des ossements. Plusieurs nations d'Amérique du Nord racontent un grand castor bâtisseur de paysages, dont les barrages et leurs ruptures expliquent la forme du pays : les rapides de l'Outaouais, une montagne au bord du lac Nipissing, les Trente Mille Îles. Chez les Innus, il barre le lac Pekuakami, le lac Saint-Jean ; dans les versions recueillies par les ethnologues, il ouvre la Grande Décharge, vide le lac et fuit vers la mer. Chez les Malécites (Wolastoqiyik), c'est Gluskap qui défait les ouvrages du grand castor et laisse derrière lui les Grands Lacs2.

Une ethnohistorienne a proposé en 1972 d'y lire le souvenir lointain des castors géants du Pléistocène. Elle posait elle-même l'idée avec un point d'interrogation, et ceux qui l'ont reprise depuis la donnent toujours pour une hypothèse : la ressemblance pourrait n'être qu'une coïncidence, et aucun fossile de Castoroides n'est signalé au Québec, le plus oriental connu au Canada étant une incisive du Nouveau-Brunswick. Nous ne trancherons pas. Ce qui est certain, c'est que ces récits sont vivants : les Pekuakamiulnuatsh de Mashteuiatsh publient aujourd'hui leur Mishtamishk, ce grand castor qui, poursuivi, descend le Saguenay et gagne la mer. Quelques milliers d'années plus tard, c'est de nos rivières à nous que le castor allait disparaître.

1Le Pléistocène, de 2,6 millions à 11'700 ans avant nous, est l'époque des glaciations quaternaires et de leur faune de grands mammifères — mammouth, rhinocéros laineux, castor géant. Il se referme sur l'extinction de la plupart d'entre eux.

2Récits innus : F. G. Speck, Naskapi. The Savage Hunters of the Labrador Peninsula, 1935, p. 110-114 ; D. Clément, Le bestiaire innu 1. Les quadrupèdes, Presses de l'Université Laval, 2012, chapitre « Amishku », p. 43-68. Récit malécite et hypothèse du souvenir des fossiles : J. C. Beck, « The Giant Beaver : A Prehistoric Memory ? », Ethnohistory 19(2), 1972, p. 109-122, repris par D. Delâge, « Du castor cosmique au castor travailleur », Les Cahiers des dix n° 68, 2014, p. 1-45 (libre accès sur Érudit). Version portée aujourd'hui par la communauté : La légende de Mishtamishk, Pekuakamiulnuatsh de Mashteuiatsh (nouvelle fenêtre).

Photographie d'archive en noir et blanc : un homme empile et scelle des ballots de peaux de castor pour le commerce de la fourrure.
Commerce de la fourrure · Rhode Clarence, U.S. Fish and Wildlife Service

Chassé jusqu'au bord de l'extinction.

Autrefois, le castor était un mammifère fréquent et répandu en Europe. L'homme l'a chassé jusqu'à la fin du 19e siècle et a presque réussi à l'exterminer totalement. Le castor européen n'a survécu que dans de rares régions : cours inférieur du Rhône, Elbe, sud de la Norvège, quelques rivières de Russie.

En Suisse, les dernières populations autochtones se sont éteintes au début du 19e siècle. La valeur de sa fourrure a été la cause principale de la chasse intensive — un facteur déterminant de son éradication.

Les vertus prêtées à sa sécrétion, le castoréum, n'ont pas non plus été étrangères à sa disparition. Cet onguent musqué était censé guérir de nombreux maux — ce qui n'était pas faux puisqu'il contient des traces d'acide salicylique au pouvoir analgésique. Sa chair était appréciée, sa queue considérée comme délicatesse. Animal assimilé au poisson, il pouvait aussi être mangé pendant le carême. Le castor est ainsi resté absent de notre pays près de 150 ans.

Le plus grand rongeur d'Europe.

Crépusculaire et nocturne, très farouche, il peut parfois s'observer en pleine journée s'il n'est pas dérangé. Silhouette lourde et trapue, pelage brun clair à très foncé, petits yeux et petites oreilles.

Classe
Mammifères
Ordre
Rongeurs
Sous-ordre
Castorimorpha
Famille
Castoridés
Genre
Castor
Espèce
Castor fiber
Taille totale
≈ 1,20 m
Longueur du corps
80 – 100 cm
Longueur de la queue
20 – 30 cm
Poids
20 – 30 kg
Vitesse de nage
7 km/h
Plongée
750 m · 2 – 3 min
Apnée (immobile, en danger)
jusqu'à 15 min
Durée de vie
10 – 15 ans (plus de 20 ans en captivité)
Vie de couple
monogame, à vie
Groupe familial
5 individus en moyenne
Accouplement
janvier – mars
Gestation
105 – 107 jours
Naissances
fin avril – fin juin
Portée
2 – 4 petits · une seule par an
Poids à la naissance
500 – 700 g
Maturité sexuelle
18 mois (mâles) · 30 mois (femelles)
Départ de la famille
2 ans
Alimentation
exclusivement végétarienne
Prédateurs
chien, renard (jeunes)
Distribution
Eurasie · Suisse (dès 1956)

Aucun critère externe ne permet de distinguer les mâles des femelles. Seules les femelles allaitantes présentent deux paires de mamelles pectorales. Le sexe ne peut être déterminé qu'en capturant l'animal.

Un ingénieur des cours d'eau.

Le castor vit dans les biotopes aquatiques les plus divers — témoignage de sa grande capacité d'adaptation. Territorial, il occupe un territoire de 0,5 à 7 km de cours d'eau, selon la ressource alimentaire disponible.

Il fréquente principalement les eaux douces et libres, stagnantes ou courantes, qui ne gèlent pas totalement en hiver et ne s'assèchent pas en été. Son plan d'eau idéal est profond de 1 à 2 m, avec une profondeur minimale de 60 à 80 cm. Les berges doivent permettre la construction de terriers.

Le long des cours d'eau, il marque son territoire avec le castoréum. Selon les lieux, il creuse des terriers dans les berges (orifice immergé, cheminée d'aération). Sous nos latitudes, il vit dans des terriers simples ou avec auvent, plus rarement dans des huttes.

Depuis toujours, le castor a contribué à la dynamique des habitats. Véritable générateur de biodiversité, là où il s'installe, il favorise le retour de nombreuses espèces animales et végétales.

Vue aérienne d'un biotope aménagé par le castor
Biotope · Vue drone

Une morphologie taillée pour l'eau.

Pelage imperméable, queue multifonction, pattes postérieures palmées, incisives à émail orange : chaque organe du castor répond à une contrainte précise de sa vie semi-aquatique.

01 / Pelage

12'000 à 23'000 poils au cm²

Pelage brun clair à très foncé, plus clair sous le ventre. Recouvre tout le corps sauf la queue. On compte 12'000 poils au cm² sur le dos et jusqu'à 23'000 sous le ventre — protection thermique et imperméabilité parfaite.

02 / Queue

Gouvernail, propulseur, réserve

Principale caractéristique de l'animal. 20 à 30 cm de long pour 12 à 16,5 cm de large, recouverte d'un cuir faussement écailleux. Régule la température en été, sert de réserve de graisse en hiver. À la nage, elle fait gouvernail et propulseur. Lorsqu'il perçoit un danger, le castor frappe la surface de l'eau pour avertir ses congénères.

03 / Pattes

Avant précis, arrière palmé

Chaque pied possède 5 doigts. Pied antérieur 5,1 à 6 cm, postérieur 9,5 à 17 cm, à palmure très développée. Les pattes antérieures non palmées manipulent branches, boue et aliments avec précision ; les postérieures palmées servent à la nage. Le deuxième orteil postérieur possède une double griffe « peigne » pour l'entretien du poil.

04 / Dents

80 kg de force, émail orange

Les incisives poussent sans cesse et sont recouvertes d'un émail orange très solide. Dans l'abattage, les incisives inférieures font office de véritables ciseaux à bois, exerçant une pression équivalant à un poids d'environ 80 kg.

Castor mangeant des tiges en bord d'eau
Alimentation · Rive

Exclusivement végétarien.

Plus de 300 espèces végétales figurent à son menu. Quotidiennement, un castor consomme un peu plus de 1,5 kg de nourriture ligneuse. En automne et jusqu'au début du printemps, il se nourrit surtout d'écorces.

Il se nourrit généralement à partir d'un point central — son gîte. 75 à 83 % des coupes sont faites dans les quatre premiers mètres de rives. La distance maximale d'éloignement au cours d'eau est estimée entre 15 et 20 m (maximum 30 m).

L'intestin atteint six fois la longueur corporelle. La pré-digestion de la cellulose s'opère dans le cæcum. Le castor pratique aussi la cæcotrophie — la ré-ingestion de boulettes alimentaires, courante chez les rongeurs herbivores.

Les essences de premier choix

Planche botanique du saule blanc (Salix alba)

Saule blanc

Salix alba
Planche botanique du saule pourpre (Salix purpurea)

Saule pourpre

Salix purpurea
Planche botanique du saule des vanniers (Salix viminalis)

Saule des vanniers

Salix viminalis
Planche botanique du tremble (Populus tremula)

Tremble

Populus tremula

Le castor consomme plus de 300 espèces végétales — voici quelques-unes de ses essences ligneuses préférées. Planches botaniques : domaine public, via Wikimedia Commons & iNaturalist

Famille

Un groupe familial, un territoire.

Les castors vivent en groupes familiaux de cinq individus en moyenne : un couple monogame, uni à vie, les jeunes de l'année et ceux de l'année précédente. Le territoire s'étend sur 0,5 à 7 km de cours d'eau selon la ressource alimentaire.

Accouplement de janvier à mars, dans l'eau. Gestation de 105 à 107 jours. Une seule portée par an, de 2 à 4 petits, mis bas entre fin avril et fin juin, pesant 500 à 700 g. Sevrage à environ deux mois. Maturité sexuelle à 18 mois chez les mâles, 30 mois chez les femelles. À deux ans, les jeunes quittent la famille pour chercher leur propre territoire.

L'odorat avant tout.

L'odorat est le sens principal. Le castoréum véhicule de nombreuses informations : sexe, âge, état de santé, appartenance sociale. La vue est moins adaptée — mais une silhouette sur fond clair est bien identifiée.

Hutte de castor aménagée sur la berge
Hutte · Berge

L'entrée est toujours immergée.

La chambre d'habitation se situe au-dessus du niveau de l'eau, au sec. Un territoire comprend souvent plusieurs gîtes — principaux et temporaires — parfois avec entrées multiples. La structure type :

  1. Un tunnel d'entrée ou trou de plongée — toujours sous l'eau.
  2. Un palier de séchage — travail du bois, toilette.
  3. Une chambre d'habitation — repos, allaitement.
  4. Une cheminée d'aération.
Schéma en coupe d'un terrier de castor montrant l'entrée immergée, le couloir d'accès, les chambres, le palier de séchage, la cheminée et l'évent d'aération
Coupe d'un terrier · Croquis BeaverWatch
Planche des six types de gîtes du castor : terrier avec cheminée visible, terrier hutte, amorce de terrier, terrier effondré, terrier avec auvent, abri / cache
Les six types de gîtes · Croquis BeaverWatch (fiche technique « terriers »)

Ingénierie hydraulique.

Les barrages qu'il aménage peuvent atteindre plusieurs mètres de long. Hauteur variable selon la topographie. Il construit avec des troncs, des branches, de la boue, des végétaux.

Le barrage lui garantit un niveau d'eau constant et facilite le transport de nourriture. Ses fonctions, au-delà du gîte :

  • Créer un plan d'eau navigable.
  • Maintenir le niveau pour protéger l'entrée du logis.
  • Étendre le domaine vital quand la nourriture s'éloigne.
  • Réguler le cours d'eau.
  • Créer un réservoir d'eau.
  • Créer de nouveaux habitats pour d'autres espèces.
Barrage de castor construit de branchages
Barrage · Ruisseau forestier
Barrage temporaire de faible hauteur sur un cours d'eau
De faible hauteur

Temporaire

Facilite le déplacement et le transport de nourriture. N'abrite pas de terrier et disparaît avec les crues.

Barrage secondaire de bonne hauteur
De bonne hauteur

Secondaire

Protège des terriers occupés ou temporairement occupés. Bien ancré, il ne disparaît pas facilement.

Barrage principal de grande hauteur, solidement ancré
De grande hauteur

Principal

Abrite toujours des terriers occupés. Solidement ancré et constamment entretenu par la famille.

Ronger à la base, laisser tomber.

Le castor ronge les arbres à leur base. Il ne contrôle pas leur chute — mais l'arbre s'abat souvent vers le cours d'eau, pratique pour le transport. Signature typique : coupe en pointe de crayon.

12cm
Diamètre de tronc que le castor peut abattre…
≈ 30min
…en environ trente minutes.
Tronc rongé en forme de sablier au bord de l'eau

Coupe en sablier

Le castor ronge tout autour : deux cônes opposés se rejoignent et dessinent un sablier avant la chute.

Tronc rongé en biseau, coupe en sifflet

Coupe en sifflet

Une entaille oblique, longue et lisse, taillée en biseau comme l'extrémité d'un sifflet.

Souche terminée en pointe de crayon

Coupe en crayon

La signature classique : la base rongée tout autour se termine en pointe, comme un crayon taillé.

Tronc dont les plans de coupe dessinent un K

Coupe en K

Plusieurs plans d'attaque se croisent et tracent un « K » sur la souche restée debout.

Un castor vous pose problème ?

Barrages, arbres rongés, berges fragilisées : découvrez comment prévenir et résoudre les conflits, étape par étape — et toujours dans le respect de la loi.

Vivre avec le castor

Castor ou ragondin ?

Pour les novices, la reconnaissance peut être peu évidente, surtout dans l'eau. Avec un peu d'attention, la différenciation devient possible — et utile, car le ragondin n'est pas un hôte naturel de notre environnement.

Ragondin

Espèce sud-américaine introduite en Europe vers 1920 pour l'élevage de la fourrure. Des sujets évadés sont à l'origine de la population actuelle.

Jusqu'à 10 kg pour un corps de 50 à 60 cm : nettement plus petit que le castor.

Le Centre Suisse de Cartographie de la Faune (CSCF) n'identifie aujourd'hui aucune population stable en Suisse — l'espèce s'étend dans le bassin lémanique et au Tessin, mais il s'agit d'individus isolés.

01La queue
Queue du castor : plate, large et écailleuse
Castor

Plate, large, couverte d'écailles.

Queue de castor · Tangopaso, Wikimedia Commons · domaine public
Queue du ragondin : ronde et fine comme celle d'un rat
Ragondin

Ronde et fine, comme celle d'un rat.

Queue de ragondin · © BeaverWatch
02Les crottes
Crotte de castor en aggloméré de fibres de bois
Castor

Aggloméré de fibres de bois, 3,5 – 5,5 cm. Rarement visibles, expulsées dans l'eau.

Crottes de castor · © BeaverWatch
Crotte de ragondin cylindrique à bout pointu
Ragondin

Cylindriques à bout pointu, brun-noir, 2,5 – 3,5 cm.

Crottes de ragondin · © BeaverWatch
03Le portrait
Portrait du castor : museau court, moustaches courtes
Castor

Museau court, moustaches courtes.

Portrait de castor · © Roger Vilet
Portrait du ragondin : longues moustaches blanches, incisives oranges
Ragondin

Longues moustaches blanches très visibles, incisives oranges proéminentes.

Portrait de ragondin · © BeaverWatch
04À la nage
Silhouette du castor à la nage : il nage bas, seule la tête émerge, le dos affleure et la queue reste immergée
Castor

Nage bas : seule la tête émerge, le dos affleure et la queue plate reste sous l'eau.

Castor à la nage · Croquis © BeaverWatch
Silhouette du ragondin à la nage : il nage haut, la tête et le dos arqué émergent et la longue queue fine traîne à la surface
Ragondin

Nage haut : la tête et le dos arqué émergent, et la longue queue fine traîne à la surface.

Ragondin à la nage · Croquis © BeaverWatch

Bibliographie.

Contenu compilé par BeaverWatch à partir des sources scientifiques et institutionnelles suivantes — consultables auprès de l'association sur demande.

  1. 01BeaverWatch — Pierre-Alain Marro.
  2. 02Claudine Winter — Der Biber, Wildbiologie.
  3. 03Cahier de l'environnement n° 249 — Le castor en Suisse.
  4. 04OFEFP — Données de base d'une protection coordonnée du castor.
  5. 05OFEFP — Liste rouge des espèces animales menacées de Suisse.
  6. 06Cahiers du MHNC n° 9 — Le Castor.
  7. 07Urs Rahm (2002) — Vade-Mecum pour les amis du castor.
  8. 08L'encyclopédie des traces d'animaux d'Europe — Delachaux & Niestlé.
  9. 09Castor et ragondin : peut-on encore les confondre ?
  10. 10BeaverWatch — Fiches techniques internes : Terriers, Définition des différentes coupes, Les barrages et leur fonction (croquis et photos de terrain).
  11. 11Planches botaniques des essences (saules, tremble) — domaine public, via Wikimedia Commons & iNaturalist.
  12. 12Horn, S. et al. (2011) — Mitochondrial Genomes Reveal Slow Rates of Molecular Evolution and the Timing of Speciation in Beavers (Castor), PLOS ONE 6(1):e14622. Séparation Castor fiber / Castor canadensis estimée à 8 Ma (moyenne) et 7,6 Ma (médiane) ; l'intervalle de confiance est large, de 3,7 à 13 Ma, et les plus anciens fossiles de castor d'Amérique du Nord remontent à 7,5 Ma environ.
  13. 13Plint, T. et al. (2019) — Giant beaver palaeoecology inferred from stable isotopes, Scientific Reports 9:7179. Première apparition de Castoroides en Floride, Irvingtonien I (1,9 Ma à 900'000 ans) ; dernière datation connue, 10'150 ± 50 ans BP (comté de Wayne, État de New York). Masse estimée d'après P. S. Reynolds, « How big is a giant? The importance of method in estimating body size of extinct mammals », Journal of Mammalogy 83(2), 2002, p. 321-332 (60 à 100 kg, calculés sur la longueur du fémur) ; les valeurs plus élevées, jusqu'à 125 kg, remontent à H. G. McDonald (1994).
  14. 14Parker, H. et al. (2012) — Invasive North American beaver Castor canadensis in Eurasia, Wildlife Biology 18(4), p. 354-365. Caryotypes 48 (C. fiber) contre 40 (C. canadensis), d'après Lavrov & Orlov (1973) ; des accouplements ont été observés, mais aucun hybride vivant n'est connu et les tentatives menées en captivité ont échoué.
  15. 15Info Fauna — Le castor : répartition en Suisse · OFEV, Plan Castor Suisse (réintroductions à partir de 1956).
  16. 16Korth, W. W. (2001) — Comments on the Systematics and Classification of the Beavers (Rodentia, Castoridae), Journal of Mammalian Evolution 8(4), p. 279-296. Quatre sous-familles de castoridés ; les Castorinae (dont Castor) et les Castoroidinae (dont Castoroides) sont des groupes frères, non une filiation.
  17. 17Rybczynski, N. (2007) — Castorid Phylogenetics: Implications for the Evolution of Swimming and Tree-Exploitation in Beavers, Journal of Mammalian Evolution 14, p. 1-35. Analyse de 88 caractères morphologiques sur 38 taxons ; nage et exploitation du bois apparaissent dans une seule lignée de castoridés vers 24 Ma, dont descendent les deux sous-familles sœurs.
  18. 18Xenikoudakis, G. et al. (2020) — Ancient DNA reveals twenty million years of aquatic life in beavers, Current Biology 30(3), R110-R111. Génome mitochondrial partiel de Castoroides : dernier ancêtre commun avec Castor il y a une vingtaine de millions d'années.
  19. 19Li, L. et al. (2017) — Morphology of an Early Oligocene beaver Propalaeocastor irtyshensis and the status of the genus Propalaeocastor, PeerJ 5:e3311. Le plus ancien castoridé connu, Propalaeocastor galushai (anciennement Agnotocastor), Éocène supérieur du Wyoming, calé sur zircons entre 35,8 et 34,4 Ma : le repère de 37 Ma de la frise est une borne haute, pas une date mesurée.
  20. 20Jakobsson, M. et al. (2017) — Post-glacial flooding of the Bering Land Bridge dated to 11 cal ka BP based on new geophysical and sediment records, Climate of the Past 13, p. 991-1005.
  21. 21Commission internationale de stratigraphie — Charte chronostratigraphique internationale (Cohen, K. M. et al., 2013, mise à jour continue) : bornes du Miocène, du Pliocène, du Pléistocène et de l'Holocène, et limite Crétacé-Paléogène à 66 Ma.
  22. 22Hublin, J.-J. et al. (2017) — New fossils from Jebel Irhoud, Morocco and the pan-African origin of Homo sapiens, Nature 546, p. 289-292 ; datation du site par Richter, D. et al. (2017), Nature 546, p. 293-296 : 315'000 ± 34'000 ans. Le repère de 300'000 ans de la frise arrondit cette estimation.
  23. 23Étymologie et toponymie : CNRTL/TLFi (ATILF-CNRS), articles bièvre et castor · A. Kristol (dir.), Lexikon der schweizerischen Gemeindenamen / Dictionnaire toponymique des communes suisses, Frauenfeld/Lausanne, 2005, notices Bever, Biberist, Biberstein, Bibern (via ortsnamen.ch) · X. Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, 2001, s.v. bebros · G. Stocker, Biber (Castor fiber L.) in der Schweiz, WSL Birmensdorf, 1985 (rareté des toponymes du castor en Suisse romande).
  24. 24info fauna — Service Conseil Castor (mandaté par l'OFEV) — Le castor : biologie.
  25. 25OFEV (2016) — Plan Castor. Aide à l'exécution de l'OFEV relative à la gestion du castor en Suisse.
  26. 26Pro Natura (1997) — Le castor, dossier didactique et Dico castor.